Vérités et mensonges dans l’utilisation des Mood Boards.

Depuis un moment, il y a un phénomène que je constate dans le processus créatif des créatifs entrepreneurs et dans l’enseignement des écoles — la tendance graphique des digitaux mood boards.

Dans les années précédentes (1999-2008, mes années parisiennes), le mood board n’existait pas dans le vocabulaire français. Étant américaine, c’est un terme que je connais bien.

Aujourd’hui, faites une recherche sur Google et vous allez voir que tout le monde en parle. J’ai écrit mood board et j’ai eu 352,000,000 résultats et puis avec les deux mots tout attachés “mood boards” 45,700,000  résultats, en anglais et français.

Et puis, on les retrouve sur tous les blogs de mode et ensuite adoptés par les créatifs entrepreneurs des “ tutoriels vite faits” appelés :

Et voici une autre chose que j’ai remarquée :  je voyais beaucoup d’articles de blogs écrivant à peu près les mêmes conseils sur les mood boards : «  Dans vos projets, vous allez n’avoir que des réussites et travailler beaucoup plus vite avec les mood boards ! »

WHAT, WHAT ?

Lisez en détail, comme moi, et vous allez constater que c’est juste un copier-coller des autres.
Cela ne sentait tellement pas l’originalité !

Je vais vous dire la vérité, si vous utilisez les mood boards, je crois que c’est une grosse erreur !  Vous ne gagnerez pas plus de temps dans le processus du design d’interface (eh eh, j’adore ce jargon ! Je veux dire du web design et pour les gens plus raffinés UI design. Vous voyez, je montre la taille de mon cerveau.) ni dans celui de l’image de marque (l’identité visuelle d’une marque).

Dans cet article, je vous donne 6 raisons pour lesquelles les créatifs professionnels devraient arrêter d’utiliser des mood boards dans leur processus de création.

Le grand canular des Mood Boards | Formations Ardephwerk

Posons les bases, avant d’attaquer ce sujet.

Mood board, qu’est-ce que c’est ?

C’est ne pas toujours évident d’apprendre un nouveau métier ou de s’adapter aux changements digitaux ; il faut ajouter en plus l’anglicisme dans le numérique qui est devenu plus qu’une tendance en France, presque la norme !

La réalité est que très peu de gens savent que les mood boards ont un autre sens en anglais.

Au départ, à l’origine les mood boards étaient utilisés dans les métiers de la décoration d’intérieur, de l’architecture, de la mode, des wedding planners et des magazines. Ils étaient plutôt appelés « planches de tendances » en français.

Tout simplement, un mood board fait ce qu’on entend. It sets the mood (la planche capture les émotions et présente des ambiances et des atmosphères). Mood veut dire humeur en français. C’est pour cela qu’on voit souvent des planches de tendances (mood boards) dans la mode, la déco et dans la création d’événements.

Il n’existe que pour transmettre et conceptualiser des émotions, des sensations et des sentiments psychologiques à travers des vêtements, un roman ou de la décoration d’intérieur par exemple.

Voici des exemples d’un ‘real life’ mood boards du blogger Nubby Twiglet (Shauna Haider).

Le grand canular des Mood Boards | Formations Ardephwerk

Souvent les gens confondent entre les mood boards (planches de tendances) et les inspirations boards (les planches d’inspiration).

Les planches d’inspiration ne sont pas seulement des collections d’images (comme des mood boards), mais elles sont organisées, spécifiques et conçues pour un certain support pour montrer les détails, couleurs et textures.

Voici une astuce pratique pour reconnaître la différence entre les deux planches :

  • Mood Boards = feeling, conceptualized, psychological
    (émotions, conceptualisé, psychologique);
  • Inspiration Boards = medium, details, colors, textures, specifics 
(support, détails, couleurs, textures, spécificités).

Selon moi, un mood board est assez proche d’une vision board (une planche qui agit sur l’esprit des gens).

Mood Boards, 6 choses que «les professionnels» ne vous diront pas.

1.) Les clients sont mieux informés et sont devenus plus méfiants et plus exigeants qu’avant.

D’après mon propre vécu ailleurs et en France et selon les études du cabinet XTC, le consommateur français est sans doute l’un des plus difficiles à satisfaire (donc méfiant et exigeant).

Et c’est normal !

Nous avons eu tous des mauvaises expériences d’un service ou d’un produit, sans parler du service après-vente (SAV).

Et alors, après, que faites-vous ?

Vous laissez votre avis sur des sites comme Google avis, TripAdvisor, Trustpilot, etc.

Avant de choisir un prestataire de services ou produits, vous faites des recherches sur internet. Grâce aux outils digitaux (les mobiles, les app, etc.) qui donnent accès à l’information aux consommateurs (donc vos futurs clients). Ils peuvent trouver des réponses à leurs questions immédiatement. Entre les articles de blog, les comparateurs de prix et les avis, le client peut connaître instantanément le rapport qualité-prix d’un produit ou service. Alors les créatifs et les entrepreneurs, vous n’êtes pas à l’abri de leur exigence ! Le client est désormais un véritable expert de son acte d’achat.

(source : Le consommateur français est un des plus difficiles à satisfaire)

2.) Le bidouiller vous-même.

En anglais, on dit DIY un acronyme pour Do It Yourself qui signifie « Faites-le vous-même ».

C’est un terme qu’on utilise pour faire quelque chose soi-même plutôt que d’employer un professionnel. On voit ce terme employé souvent dans le milieu de la décoration (meubles, idées déco, bijoux, vêtements) et fait pour pas cher.

Le Mood Board prend ce contexte de fait soi-même sans expérience. Vous ne pouvez pas argumenter du fait que vous avez un diplôme et passé tant d’années à l’école pour demander à des clients de payer un prix prémium quand votre méthodologie vient de l’internet.

AIE !

Imaginez que votre client vient lire un blog : Economiser de l’énergie en réunissant des images de Pinterest puis en  créant votre mood board.

”Bah, ils utilisent des images de Pinterest : Facile de taper “X à Y” dans Google, moi aussi je peux le faire ! Puis ils me demandent de payer un prix premium pour un travail de recherche sur Pinterest ??? ”

Là, ils ne vous prendraient plus au sérieux !

3.) Les faiblesses des mood boards

Les faiblesses des mood boards sont qu’ils n’expliquent pas tous les choix en détail et ne hiérarchisent pas les informations. Pour comprendre, voici un exemple d’une collègue qui a essayée de faire son image de marque, elle-même. Cette une primo-entrepreneure qui a plusieurs activités comme du coaching, du yoga et de l’événementiel. Comme d’autres, elle a trouvé un tutoriel sur internet puis elle a fait son mood board sur Canvas. Dans cet exemple, on voit un collage des images, des couleurs et des mots clés en bas.

Le grand canular des Mood Boards | Formations Ardephwerk

Mes premières questions étaient :

  • Qui sont les cibles ?
  • A-t-elle pris des mots clés de son brief créatif pour faire une mind map (carte mentale) ?
  • Comment se démarque-t-elle de ces concurrents ?
  • Les mots clés représentent-ils ses valeurs ou un style ?
  • Enfin, que vend-elle ?

Le pire, souvent les mots clés sont très vagues et ne correspondent pas aux images comme dans l’exemple du haut.

 

4.) Le « J’aime ou je n’aime pas » d’un client

Le grand canular des Mood Boards | Formations Ardephwerk

Pour illustrer un autre problème des créatifs freelancers, voici une image d’une graphiste que j’ai trouvée sur Linkedin.

C’est exactement la réponse que vous aurez d’un client :

« J’aime ou je n’aime pas »

Avec un mood board, vous ne montrez ni le lien, ni la connexion, ni les spécificités, ni comment les supports pourraient être déclinés sur leurs produits et services.

N’oubliant pas le goût de la cible !

Au point qu’on ne se retrouve que dans l’esthétique de son propre goût personnel ! Et cela invoque la réponse : « J’aime ou je n’aime pas ».

Le client a besoin que nous communiquions :

  • comment ?
  • Qui ?
  • Et pourquoi ?

À partir de là, vous aurez des réponses adéquates pour faire des améliorations.

5.) Incapable de défendre correctement un projet

J’ai mis en place un programme (International Business) pour une école à Labége (c’est prés de Toulouse). Lors d’une vérification des recherches d’élèves, j’ai demandé à une personne de présenter son mood board (comme si j’étais leur client). D’abord elle m’a répondu : « Les mood boards sont dédiés à nous guider dans notre style graphique et décision de direction artistique. Ils sont des planches idées, tendances, inspirations et guident notre direction artistique. “

Alors, avez-vous compris ?

Moi, non.

Et le client ?

Alors, j’ai demandé si elle avait autre chose à ajouter et en fait non. C’était si clair pour elle donc, nécessairement, cela devait être simple à comprendre pour tout le monde.

Enfin, je n’ai pas eu plus d’analyse sur :

  • les styles et leur provenance,
  • la direction artistique,
  • le pourquoi et le comment.

L’exemple le plus significatif est d’apprendre le vocabulaire d’un métier créatif en se mélangeant les pinceaux.

Pour moi : c’est du what, what, what ??

De plus, je suis persuadée que beaucoup de créatifs freelancers se retrouvent devant leurs propres planches dites ‘mood boards’ incapables d’expliquer clairement leurs planches sans utiliser le jargon du métier : ni la cible, ni les spécificités, ni le pourquoi du comment.

Rappelons-nous que l’étape de l’idéation montre le processus créatif, le développement, la communication de nouvelles idées, les supports et les caractéristiques en lien avec la stratégie et la cible. Il est très important de montrer et de communiquer les étapes et hiérarchies des informations. Pour que vous puissiez communiquer et défendre correctement votre concept ou projet.

6.) Le design n’est pas QUE de l’art.

Aujourd’hui, il ne suffit pas de créer un beau produit ou une jolie image. En outre, le design doit assurer une place irrésistible dans la jungle des médias et de la publicité afin qu’il ressorte et soit remarqué. Le mood board vous aidera à créer de l’art et de la déco. Il lui manque la direction et ne repose que sur l’esthétique personnelle en oubliant les stratégies et la cible.

La qualité de notre travail est aussi une extension de nous-même.
Et c’est la seule façon de nous faire sortir du troupeau en reposant sur nos valeurs, notre méthodologie et notre processus de création pour montrer notre unicité et notre savoir-faire.

Donc, arrêtons de suivre les tendances et créons notre propre processus créatif en combinant le meilleur de l’art et de la stratégie.

Le design sans direction n’est que de l’ART !

Le mot de la fin

Cela  fait un moment que je voulais écrire un article sur ce sujet, sur ce que je voyais dans le monde des créatifs entrepreneurs. Mon intention n’est pas de polémiquer sur les méthodes de travail de chacun car moi aussi, je peux toujours apprendre des autres. Mais ce qui fonctionne pour un business ou une personne ne fonctionne pas forcément pour d’autres. Et nous devons essayer de prendre du recul, de tester les théories apprises ainsi que la transparence dans la pratique.

Mon objectif est d’inciter à la réflexion entre la théorie et la réalité dans le monde professionnel. C’est ce que je fais dans mes formations, j’apprends aux entrepreneurs et créatifs à faire les bon choix sur les bonnes bases, comme la fondation d’une maison, pour faire prospérer leurs affaires.

Parce qu’une méthode la plus vite, la moins chère qu’une autre n’est pas forcément bien et en lien avec vos valeurs.

Alors, avez-vous, vous-même, des expériences de votre propre vécu à partager sur le sujet traité dans cet article ou des remarques ?

N’hésitez pas à commenter ci-dessous.

À très bientôt,
Rachael,
Votre créatrice d’idées…

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